Lors d’un précédent article, je vous révélais une histoire d’amour cachée dans Resident Evil 6. Je vous remercie pour vos nombreux retours qui m’ont surtout précisé qu’en cette époque aux mœurs sophistiquées, on parle plutôt de bromance. Ne souhaitant froisser personne avec mes termes rétrogrades, voici, comme promis, mon papier sur Supernatural, la franche camaraderie, et plus si affinités.

En des temps que les plus jeunes ne peuvent pas connaitre, fin 2014, début 2015, Netflix arrive en France dans l’indifférence la plus totale. Hormis quelques inédits alléchants, le service propose alors un catalogue de fictions chinées dans les décharges de la télévision. Les médias traditionnels s’en moquaient, et après avoir visionné la première saison de Better Call Saul, j’ai bien dû trouver quelque chose. Pourquoi pas une série d’horreur ?

Entre, Supernatural !

Honnêtement, j’ai commencé Supernatural en solo. L’épouvante, ce n’est pas trop le truc d’Aurélie. Mais après avoir regardé une trentaine d’épisodes, je me suis efforcé de la convaincre et m’accompagner dans les aventures de Sam et Dean. En bref, deux frères jeunes adultes chassent monstres et démons dans une mythologie improbable, qui mélange Wild américain et christianisme, sillonnant bleds et motels de troisièmes catégories des États-Unis. Une espèce de néo-Buffy contre les vampires en quelque sorte. Enfin ça, c’est si on reste à la surface.

Village People

Au fur et à mesure que la série avance, on s’étonne, on pouffe, on pleure, on rit des péripéties des deux héros qui s’adjoignent rapidement une galerie de complices tous plus baroques les uns que les autres. Nos compères devront composer avec un père tyrannique, des monstres et des chasseurs plus ou moins sympathiques (mention évidemment spéciale à DJ Qualls qu’on retrouve un peu plus tard dans le script ). Ils feront équipe avec un fan du lieutenant Columbo. Puis ils luttent contre un Directeur de l’Enfer anglais et dépressif (le meilleur depuis celui de South Park). Ensuite arrivent en désordre des archanges néonazis, des démons fielleux, la Mort, un frère caché amputé du scénario, etc. Donc surtout des garçons.

Et les filles ?

Puis viennent les premiers indices et les premières questions. Si l’amour fraternel ne se discute pas (haha !), force est de constater que c’est un univers où les actrices principales restent rares et à l’espérance de vie franchement réduite. Les scénaristes ont bien tenté de faire émerger deux chasseuses au début de la série, mais c’était pour mieux les massacrer (Ellen et Jo, ça compte une Lady-mance ? ). Quant au personnage féminin apparu le plus longtemps à l’écran, Charlie Bradbury, c’est bien la seule à avoir révélé ses préférences en matière. Et comme les saisons se suivent et se ressemblent — un frère connait un péril mortel et l’autre va tout entreprendre pour le sauver, surtout des bêtises — les interactions se multiplient.

L’étoile magique de l’amour

Alors si déjà le triangle amoureux vous pose des problèmes, la figure à cinq branches n’a pas fini de vous infliger des migraines. Surtout au bout de 14 saisons. Mais voyez par vous-même…

rhetorike supernatural carte bromance

De l’expression des sentiments

Bon alors, on parle de camaraderie virile, hein, ce n’est pas les Feux de l’amour. Donc les démonstrations d’affections sont forcément musclées : Dean insulte Sam, qui l’invective à son tour. Puis Sam tire sur Castiel qui laisse une grosse marque sur le torse de Dean. C’est le début d’une solide amitié entre les deux personnages, et d’une succession d’attentions telles que coups, blessures puis soins médicaux. Crowley devient jaloux de l’histoire de Castiel avec Dean, mais finira par le tenir, en lâchant ses chiens de l’Enfer. Tandis que Sam se fait maltraiter par Lucifer dans la Cage, Castiel enfonce un grand couteau pointu dans le dos de Crowley. Les anges, dépourvus de sexe comme tout le monde sait, passent leur temps à se transpercer mutuellement. Parfois aussi avec des démons qui se sentent rester en plan. Finalement Lucifer tape sur tous les autres, alors que Sam et Dean se frappent de concert pour célébrer leurs retrouvailles. Et un ami imaginaire être-humain-licorne est poignardé (sic).

Les maux pour le dire

En conclusion, je recommande chaudement Supernatural aux parents qui ne savent pas comment occuper les après-midis de leurs grands enfants. Vous éviterez ainsi, grâce au visionnage de cette formidable série disponible sur Amazon Prime, tout un tas de questions gênantes sur la religion, les amourettes d’été ou sur la façon optimum de repousser un spectre vengeur. Si vous jetez un œil, vous y découvrirez également une sélection remarquable de motels nord-Américains et de bourgades ennuyeuses, parfaites destinations pour un prochain voyage. Vous y trouverez aussi peut-être, comme moi, la nostalgie d’une relation sans équivoque (tousse, heam) d’avec votre meilleur camarade de collège/lycée/caserne.