Le post-exotisme n’est pas un humanisme

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Vous avez vu passer une photo des novélisations de la série Resident Evil et vous avez peur ? Vous avez raison. Mais pour cette fois, je ne vous infligerais pas mon analyse sur les formes alternatives de récits s’inscrivant dans une déconstruction du post-modernisme à l’écran, comme le décrit si bien Jean-Claude Poulpeux de l’université d’art cinématographique d’Anières-sur Vègre dans son magnum opus Les films Resident Evil sont nazes, mais les films 3D Resident Evil sont cools.

Non, aujourd’hui on va parler culture avec un grand C, comme dans cucurbitacée et concombre, car le concombre est une cucurbitacée, voilà, vous pourrez briller en société la prochaine fois que vous devrez supporter votre beau-frère universitaire à l’enterrement de votre père, de rien, merci. D’abord, c’est quoi de la littérature ? La littérature, c’est tous les livres qui ne sont pas la notice technique en PDF de votre dernier Nikon, désolé Gérard, ni les 15 volumes du Trône de Fer (si si, c’est un bouquin chiant avant d’être une série confuse), version low fantasy d’Angélique Marquise des Anges, oui tu as bien entendu Jean-Yves.

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Gérard n’a pas lu Cultures en Pots, et se casse les dents sur Des Anges Mineurs

Mais voilà le problème : sorti des délicieuses informations techniques qui régissent le monde, ou de la littérature de gare qui évite que le truc en papier d’entre vos mains n’en tombe, sur quoi jeter son dévolu pour n’avoir ni l’air d’un beauf (prix Goncourt), ni d’un cuistre (prix Renaudot) ? Eh bien sur Terminus Radieux par exemple (prix Médicis, mais ça n’a aucun rapport) !

En fait non. Suivre Antoine Volodine (c’est l’écrivain, parce que je préfère dire écrivain, étant donné qu’auteur, on dit ça maintenant pour tout, y compris Jeff Koons, qui, si on l’appelait par son vrai métier, serait « sculpteur de ballons », mais c’est un autre débat), est une véritable épreuve, et il serait injuste de jeter un lecteur curieux de découvrir son univers remarquable dans son ouvrage, certainement le plus brillant, mais aussi le plus difficile.

Donc la solution, ce serait plutôt de commencer par Bardo or not Bardo, qui est un genre de « petit bain », et dont les nouvelles finement ciselées permettent de découvrir des personnages et des saynètes typiques de l’œuvre de Volodine. On évitera en revanche Des Anges Mineurs (prix Livre Inter, peut être un indice…), qui est un exercice de style vraiment difficile, même pour les connaisseurs.

Correctement instruit sur le genre post-exotique, on pourra alors s’aventurer confiant dans les Songes de Mevlido, qui m’ont fait penser à un Dark City (si, vous savez, le film d’Alex Proyas genre Matrix, mais qui ne fait pas honte) passé au chalumeau. Passer en 400 pages d’un semblant de polar sud-coréen à un mind-fuck onirique fantastique et fantasmagorique lessive, mais on en ressort fier d’avoir enfin lu un livre de grand.

Là, enfin, après quelques semaines en maison de repos pour vous en remettre, vous pourrez enfin vous aventurer vers le Terminus Radieux. Délaissant les cités tentaculaires de Mevlido, on se retrouve à la surface râpée et hautement nucléarisée des steppes sibériennes dans un huis clos hallucinant, un genre de scène de théâtre composé d’un sovkhoze (ou d’un kolkhoze, c’est comme la taïga et la toundra, on ne sait jamais lequel est le bon) et du mirage d’un goulag, d’inceste spectral et de milliers (millions ?) d’années.

Terminus Radieux, un bouquin d’Antoine Volodine, avec de la science-fiction cachée dans de la littérature (ne lui dites pas, ça le fait râler), disponible aux Editions du Seuil si vous avez des lunettes, et aux Editions Points si vous n’en avez pas.