L’art du discours politique

Gerard maîtrise parfaitement l'art du discours.

Les discours politiques ont rarement la côte. En vérité, la rhétorique elle-même n’est pas forcément bien vue, puisqu’elle peut renvoyer à l’idée d’un discours potentiellement manipulateur d’un orateur habile. Parfois, l’éloquence de l’illettré persuadera aussi bien, si ce n’est mieux, que l’art oratoire du lettré. La faute à la supposée sincérité des uns et des autres. Il faut dire que la finalité du discours politique commence à être bien connue : mobiliser les électeurs pour l’emporter dans les urnes.

Ce n’est pas un hasard, si l’une des principales émissions politiques du service public français s’intitule « Des paroles et des actes ». L’opposition entre les deux termes fait sens, à l’heure où les accusations d’utilisation outrancière de la langue de bois fleurissent contre le personnel politique. Une pratique pourtant assez logique, si l’on songe à la difficulté qu’il peut y avoir à promettre des choses qui ne seront jamais suivies de ces fameux actes. L’art oratoire consiste avant tout à mettre en avant des arguments efficaces du point de vue de l’Ethos, du Logos et du Pathos, afin de convaincre ou de persuader son auditoire. Ce qui passe avant la question de la véridicité des faits. Mais à l’heure où toute prise parole est filmée, enregistrée, archivée, décortiquée… difficile de dire quoi que se soit de concret sans prendre le risque d’être par la suite pris en défaut !

Un discours à cadrer selon de nombreuses limites

Une autre contrainte entre en compte selon l’importance des mandats exercés. L’élu local n’aura évidemment pas la même liberté de ton que le sénateur, et ne parlons même pas du président de la République ou de ses ministres. En témoigne les propos polémiques d’Emmanuel Macron régulièrement pointés du doigt par ses opposants, ou, si l’on remonte un peu plus loin, l’incontournable « casse-toi pôv’ con » de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture de 2008. Dans un autre registre, la récente sortie du ministre de l’Intérieur dans une boîte de nuit en pleine crise politique n’aide évidemment pas à faire ressortir l’Ethos attendu de la fonction. Le personnel politique doit être vigilant à chaque instant, tant dans ses propos que dans ses actes.

Évidemment, la nécessité de s’adapter à son public et au support de communication constitue une autre contrainte. Un discours sera fondamentalement différent selon qu’il est tenu à la télévision ou en direct face à une assemblée de spécialistes d’un sujet précis. Dans le premier cas, le discours sera nécessairement plus évasif, faisant plutôt la part belle au Pathos ou à l’Ethos qu’au Logos.

Des contraintes propres à notre époque à prendre en compte

À tout ceci s’ajoute évidemment le traitement journalistique. Concrètement, en dehors de l’auditoire direct, rares sont ceux à réellement écouter un discours dans son intégralité. Dès lors, les résumés et extraits mis en avant par les journalistes sont de première importance. Cela a évidemment des avantages en termes de démocratisation de l’information, puisque cela représente un gain de temps précieux. Mais c’est aussi la porte ouverte à certains raccourcis, et à l’avènement des fameuses « petites phrases », un phénomène particulièrement renforcé sur le support télévisuel. C’est un fait, à l’heure des réseaux sociaux et de l’info en continu, une saillie bien sentie vaut souvent mieux qu’un long discours. Même si cela ne participe pas vraiment à l’enrichissement du débat. Pathos a encore de beaux jours devant lui !