La piscine, à première vue, c’est bien joli. Après tout, la natation est le plus complet des sports. En tout cas, c’est ce que disait le médecin d’entreprise. Mais la natation dans une piscine dont l’eau croupie depuis plus d’un an et qui a reçu des retombées radioactives, c’est tout de suite beaucoup moins sain…

C’est bête, j’étais vraiment motivé. J’avais même trouvé un maillot de bain encore dans son emballage en fouillant dans la réserve du motel. Le soleil brillait, les petits oiseaux chantaient… et moi j’ai très vite déchanté ! A peine un pied trempé dans l’eau et j’ai compris que c’était une très mauvaise idée. La flotte irradiée, croyez-moi, on n’a vraiment pas envie d’y prendre un bain. Et ne parlons même pas du compteur Geiger de mon pip-boy qui a commencé à hurler à la mort.

Le pont de la rivière braille

Bref, j’ai compris, je peux oublier l’activité barbotage. J’aurais bien volontiers compensé avec une petite sieste au soleil, mais je ne suis pas certain que ce soit bien raisonnable de comater à l’extérieur avec toutes les cochonneries pleines de dents qui rôdent un peu partout dans la région. J’adore flemmarder, mais je suis beaucoup moins enthousiaste quand ça implique de se faire réveiller par des bestioles en train de me bouloter.

Un pont en bois peu solide.
Très rassurant…

On dirait donc que je suis bon pour une petite expédition à la découverte de ce charmant patelin en ruine. Je renfile vite fait bien fait mon super costume, mes lunettes de soleil, et me voilà reparti à l’aventure, bien sagement équipé de mon arsenal. Entre les cafards géants et les goules, le tourisme c’est plus vraiment ce que c’était en Virginie-Occidentale.

Pour passer du motel à la bourgade, je suis obligé d’emprunter un pont en bois qui a clairement connu de meilleurs jours. À peine un pied posé sur la structure que l’ensemble grince comme ça n’est pas permis. Je soupire. Quand ce n’est pas la faune qui veut vous tuer, il faut que l’infrastructure s’y mette. Heureusement, même si je mange comme un ogre, mon métabolisme fait son travail et je ne suis tout de même pas lourd au point de faire s’effondrer tout ça.

Passé cet épisode légèrement anxiogène, je constate vite que l’excursion s’annonce particulièrement ennuyeuse. Les toits déglingués et les briques délavés, c’est assez vite lassant comme paysage. En m’éloignant un peu du centre-ville, je finis par tomber sur des petites maisons dotées de jardins. Sur un malentendu, il y a moyen de trouver des plantations en état, ça, ça m’intéresse !

Marguerite paît dans les champs

Je ne suis pas déçu lorsque je tombe nez à nez avec une vache… à deux têtes. La pauvre bête à l’air aussi surprise que moi lorsque je la dérange en plein milieu de son pâturage. Assez vite, j’en viens évidemment à me poser la question fondamentale : quel goût peut-elle bien avoir ? De son côté, elle se contente de me regarder avec de grands yeux. C’est bien le premier animal que je croise qui n’essaie pas de me dévorer vivant. Bah, mes réserves sont larges, je vais la laisser vivre sa vie.

Une vache à deux têtes
Bonjour Marguerite !

À peine reparti, je réalise que la vache bicéphale a décidé de me suivre. Super, j’ai une nouvelle amie. Bon, ça peut servir après tout, même si elle a une, ou plutôt deux drôles de têtes, elle doit bien donner du lait, comme toutes les vaches. Je rentre donc vers le motel en sifflotant, suivi bien sagement par Marguerite.

Soudain, j’entends un énorme craquement. Puis un énorme meuglement de terreur. Oh. Le pont. Je me retourne lentement, pour voir la structure en train de s’effondrer sous le poids de l’animal. Sous mon regard dépité, la pauvre bête se retrouve écrasée par les débris et rapidement emportée par le courant. Je savais que j’aurais dû en faire un steak haché…