Je suis une légende, ou l’art du storytelling

« Siri ? Cortana ? Alexa ? C’est dépassé. Comme Gérard, préférez Durandal. »

Pour vous expliquer l’art de raconter une histoire, je vais vous raconter une histoire.

Il était une fois, une technique de communication redoutable, utilisée depuis la nuit des temps : Legenda. Elle a traversé les siècles, les cultures, les médias. Elle a eu plusieurs noms : parabole, odyssée, épopée, allégorie, contes ou bien sûr légende. Ce qui mérite d’être lu. Elle a été au service des savants, des pédagogues, des Etats. Elle a participé à la création de l’Histoire avec des histoires. Elle a été la faiseuse de héros.

Et puis, la modernité est arrivée. L’ère du progrès. Fini les héros, fini les histoires. On veut la vérité. On veut la réalité sans fard. On veut du fact checking.

Notre héroïne n’a pourtant pas dit son dernier mot. Elle anglicise son nom. Elle se donne le cachet de l’expertise. Elle ne parle plus de roi, mais de R.O.I. Elle n’écrit plus la légende, elle fait vendre.

Son pseudo millenial : storytelling
Le storytelling est une technique efficace, car elle mobilise toutes les fonctions cognitives de celui qui l’écoute : la rationalité et l’émotion (logos et pathos, pour ceux qui ont lu notre dernière édition). Malgré tous nos efforts pour devenir des êtres de savoir et de logique (des vulcains !), le goût de la narration perdure à l’âge adulte… si je vous dis Harry PotterStar WarsLe Seigneur des anneaux (beaux exemples de mono-mythes, mais c’est un autre sujet).

Quand tu parles de toi, tu parles de moi ?
Les histoires sont puissantes, car elles simplifient la complexité tout en ajoutant des éléments d’excitation comme le suspens ou la projection. Celui qui écoute ressent les émotions du héros. C’est un moi de substitution qui me permet de faire une expérience de vie le temps de l’histoire. C’est la force des grands romans et des bons films. En politique, c’est ce qui vous fait apprécier ou détester telle ou telle personne publique, au-delà de ses idées. En communication et en publicité, c’est ce qui fait que nous achetons des biscuits Michel et Augustin, que nous buvons des cafés Starbucks, et que nous avons tous des Iphones. Nous succombons aux doux chants de la Sirène Legenda.