Faux-amis et faux-jetons

Happy Graduating Group of Girls In Cap and Gown Celebrating on Campus.

Quand on travaille dans le milieu de la communication, on devient très vite une habituée des anglicismes, désormais omniprésents dans l’ensemble du monde professionnel.

Pourquoi pas, c’est tellement aware. Cependant, toute amatrice de la langue d’Oliver Cromwell que je sois par ailleurs, l’abus d’anglicisme peut poser de graves problèmes, en particulier si l’on oublie de se méfier des faux-amis, et de leurs amusantes conséquences dans notre langue maternelle.

Exemple : peut-être avez-vous entendu parler de Choosemycompagny, qui recueille, analyse et publie des avis de salariés, de stagiaires ou encore de clients, ceci afin « d’offrir au grand public des informations authentiques lui permettant de mieux connaître les entreprises qui l’intéresse », mais aussi pour « aider les entreprises à développer positivement leur réputation en améliorant leurs pratiques internes » ?

Quelle bonne idée. Et histoire d’aller plus loin, Choosemycompagny a imaginé des labels et des prix afin de récompenser les entreprises les mieux notées sur le « Happyindex ». Jusqu’ici, rien à redire, la démarche est on ne peut plus louable, et peut s’avérer bénéfique tant pour les entreprises que pour leurs collaborateurs et partenaires.

Mais, concept anglo-saxon oblige, Choosemycompagny joue à fond la carte de la langue d’outre-Manche. Ricanons donc discrètement des « Happyindex AtWork » ou « Happyindex Clients », rappelant les heures sombres de la « pénétration digitale des entreprises » (sic), pratique fort courante dans les rapports annuels il y a quelques années. En revanche, on ne pourra que s’esclaffer bruyamment du titre du « Happyindex Trainees », autrement dit le prix des stagiaires heureux.

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Outch.

Jugez-en par vous-même sur cette photo trouvée sur le fil Linkedin du Groupe Danone. Si nos amis d’outre-Manche n’y verraient rien de choquant, précisons que Choosemycompagny est bel et bien un groupe français. Or, dans la langue de Jean-Pierre Raffarin, inutile de vous faire un dessin quant à la signification du mot « traînée ». Ajoutez-y le magnifique fond rose fluo, le sourire de quatre jeunes et charmantes stagiaires sur un podium, ainsi que le nom potentiellement tendancieux des fameux organisateurs, et vous finissez par vous demander si quelqu’un ne l’a pas fait exprès.

Peut-être seriez-vous tenté de penser que j’ai l’esprit mal tourné ? Pourtant voici une étrange maladresse que de choisir un tel « faux-ami » dans la langue de Tony Blair, aussi lourd de sens, surtout en l’emballant dans cette charte graphique typiquement girly. Pour la peine, espérons que Danone saura faire évoluer ces quatre jeunes femmes du statut de stagiaires heureuses à celui de collaborateurs épanouis…