Eros, Thanatos et les zombies

Aujourd’hui, je vais vous parler de la meilleure romance homo-érotique du jeu vidéo.

Ah, je sens comme une légère crispation derrière l’écran.

Remarquez, le jeu vidéo, c’est un peu comme le foot : qu’on ait 10 mecs – dont le diamètre moyen du bras fait celui de ma cuisse – dans l’exiguïté d’un transport de troupes aéroportées puant la poudre ou dans un vestiaire parfumé à la sueur, il ne se passe bien sûr jamais rien, même pas une innocente petite arrière-pensée.

« Mais-où-qu’elle-est sa romance à celui-là », me dites-vous, tout inquiet de savoir si vous n’auriez pas pris du plaisir à jouer à un jeu pas 100% hétéro ? Alors non, il n’y a pas de gros patins baveux, et oui, je veux bien entendu parler du chef-d’œuvre de subversion et de subtilité qu’est le segment Chris Redfield / Piers Nivans de Resident Evil 6.

RS6 intro
« Six months of searching for you and this is what I find! » © Capcom

Oh ça va, reconnaissez-le, vous avez chialé comme un enfant, et en cachette en plus, quand le pauvre Piers s’est – définitivement – sacrifié pour Christophe Champ Rouge au fin fond de l’océan. Mais ça ne vous a pas pris aux tripes simplement parce que c’était le 659e troufion à mourir pour Chris. Ça ne vous a pas bouleversé parce qu’il était un soldat de plus trépassant en remplissant sa mission. Non, c’est à cause de ce que vous ressentiez depuis le début : que la rédemption de Chris allait coûter un max, et que les histoires d’amour finissent mal, en général, surtout dans Resident Evil.

Aussi, plutôt que de vous énumérer les indices, je vous propose de voir cette vidéo compilant les cutscenes du segment qui nous intéresse, pour redécouvrir le processus délicat et complexe de la construction d’une idylle dans une zone de guerre. Mais je vous donne tout de même l’exemple d’un fameux triangle amoureux, à l’appui de ma démonstration.

Pendant une bonne partie de l’histoire en Chine, nos deux amis vont courir derrière Ada Wong (personnage bonus une fois le jeu terminé, et qui bénéficie de son propre segment sans sidekick, forcement). Chose amusante, le milieu de la poursuite est l’occasion de croiser deux autres héros du premier segment : Leon S. Kennedy et Helena Harper. Le joueur qui fait l’histoire dans l’ordre a déjà joué avec ces deux personnages, et connait la complexité de la relation entre Leon et Ada, ce qui ne manque pas d’irriter Helena.

Eh bah sur le deuxième segment, c’est pareil. Sauf que c’est Chris, obsédé par la perte de ses hommes, qui court derrière une femme semant la mort autour d’elle, soutenu par un Piers qui hésite entre la poursuite de sa mission, et le soutien qu’il procure aux lubies de son chef. Point d’orgue stupéfiant quand le script prévoit la réunion des quatre héros autour d’Ada, et place les deux équipes dans une scène symétrique : les deux « alphas » négocient la femme fatale, tandis que leurs équipiers respectifs assistent impuissants à cette virile enchère. Inutile de préciser que c’est Chris qui va remporter la mise, assisté d’un Piers prêt à tout pour gagner sa reconnaissance, et permettre à son patron de combattre ses démons, jusqu’à la mort.

Une prochaine fois, je vous parlerais de Sam, Dean, Castiel et Crowley.

Bonne semaine.