Barnum et Forer sont dans un bateau…

L’effet Barnum, ou Forer, au choix, désigne un biais cognitif qui induit à accepter une vague description de personnalité comme s’appliquant à soi-même. Et c’est pas cool.

En 1948, le professeur distribua des tests de personnalité à ses étudiants. Au lieu de se baser sur leurs réponses pour établir les résultats, il leur rendit à tous un court texte descriptif parfaitement identique, construit à partir d’un recueil d’horoscopes, puis leur demanda de noter la pertinence de l’évaluation. Verdict : une moyenne dépassant 4/5, y compris sur des réitérations de l’expérience. D’autres psychologues sont arrivés aux mêmes conclusions, et l’un d’eux finit par désigner cela comme l’effet Barnum en référence au « roi des mystificateurs », Phileas T. Barnum, célèbre homme de cirque du XXsiècle.

Et pourquoi on en fait tout un cirque ?

En bref, l’effet Barnum est un biais cognitif et la technique de manipulation favorite des astrologues ou de tout un tas de gens peu recommandables adeptes des pseudosciences et de l’argent facile. Au-delà du seul effet Barnum/Forer (on vous laisse choisir), des biais cognitifs similaires se retrouvent dans d’autres champs, et conduisent bien souvent à remettre en cause contre toute logique des faits scientifiques établis. En témoignent les disputes sur l’homéopathie ou les vaccins. Heureusement, la Science (oui, avec un grand S) se défend, et notamment par le biais d’un champ d’étude au nom barbare : la zététique, ou l’art du doute.

Zétéquoi ?

Si on vous parle de tout ça, c’est parce que l’exploitation de ce genre de biais n’est pas l’apanage des seuls bonimenteurs. Que ce soit dans le marketing, en politique ou bien sûr dans la communication, ces biais sont bien connus et parfaitement maîtrisés. Il faut dire que notre cerveau ne nous aide pas beaucoup. Aussi complexe soit-il, son programme le plus fondamental reste la survie. C’est ce mécanisme qui fait que l’on portera bien plus d’attention aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes. Dans les années 70, le sociologue américain MacLuhan déclarait, ainsi : « Good news is no news ». Tout simplement parce que notre cerveau est influencé par un biais négatif destiné à renforcer la mémorisation par le stress et l’émotion ressentie à l’annonce d’une mauvaise nouvelle.

Méfiez-vous de votre cerveau !

C’est pour cela qu’il faut douter, y compris de soi-même, et regarder avec méfiance les croyances populaires, les dogmes et les préjugés. Alors plutôt que de vous faire avoir par les campagnes de pub ou par Psychologie Magazine, ayez recours au rasoir d’Ockham ou lisez Karl Popper. Vous verrez, c’est soporifique, mais c’est ça fortifie les neurones.